In Vino Veritas! Chronique vin Automne 2012 (nouvelle formule)

La nouvelle chronique de In Vino Veritas! 

par Richard Sagala, WINE MBA Bordeaux 2011, WSET Certified Educator 2012, UK.

Voilà plus de quatre années que j’exerce en qualité de chroniqueur vin pour  le magazine Parcours.

Depuis juin 2008 à septembre 2012  la chronique vin fut écrite sous l’égide des Connaisseurs de la SAQ qui en commanditait l’écriture.

Il était temps de penser à une évolution et de concert avec l’éditeur (M. Bernier) nous avons convenu de faire passer cette chronique à un stade d’autonomie qui lui permettrait de couvrir un plus large éventail de produits.

Jusqu’à maintenant les vins qui y étaient présentés étaient exclusivement des produits disponibles sur les tablettes des magasins de la SAQ.

La nouveauté:

À partir de cette chronique et dans les chroniques subséquentes vous trouverez, en plus des vins disponibles à la SAQ, des recommandations de vins d’importation privée (IP) qui sont importés au Québec par une quarantaine d’agences spécialisées. Ces dernières années, les vins en IP ont permis de doubler la quantité de vins sur le marché. Si on pense qu’il y a déjà plus de onze mille références au catalogue de la SAQ, cela commence à faire beaucoup de produits différents qui s’offrent au plaisir de l’amateur. Par contre, ces vins (en IP) n’ont que peu de visibilité en ce moment et c’est au hasard de leurs découvertes dans les restaurants (87% des ventes en IP étant effectuées via la restauration) que les amateurs arrivent à les découvrir. Il existe bien quelques rares salons spécialisés qui les mettent en vedette (tel le RASPIPAV du 8 au 10 novembre prochain) mais peu de chroniques ou de guides en font la promotion de façon significative.

Une convergence naturelle:

Il nous apparait logique de penser que les amateurs d’art et les collectionneurs de tableaux qui forment le lectorat de Parcours puissent converger naturellement vers les vins en IP. La caractéristique de base des vins en importation privée est celle de proposer des produits qui, par leur faible volume, la difficulté de pouvoir les obtenir, ou leur approche radicale (peu ou pas de sulfites par exemple) les rendent moins intéressants aux yeux du monopole. Il est assez normal de penser que la SAQ qui est déjà bien garnie en produits ne soit pas nécessairement intéressée à alourdir ses inventaires par des vins qu’elles ne peut obtenir en quantité suffisante pour pouvoir les proposer dans ses magasins (408 au total) ou qui ne font qu’ajouter à des catégories déjà bien représentées.

En revanche, les amateurs d’art (et d’art de vivre) eux ne sont pas rebutés par des produits exclusifs ou moins facilement disponibles. Ils vont souvent s’intéresser à un artiste et trouver moyen de faire l’acquisition d’œuvres difficiles à obtenir pour enrichir leur collection.

Comme exemple, je pense citer ici Champlain Charest qui est souvent mis à l’honneur dans les pages de Parcours. Voila une personne qui a assemblé au fil des ans une collection d’art et une cave assez sensationnelle.

Pour l’amateur, la quête du beau, du bon et de l’authentique, voire le potentiel d’investissement, en sont les principales motivations.

Pour ma part, ce qui me motive n’est pas le désir de collectionner mais le besoin d’ajouter de la valeur en trouvant des produits originaux à présenter dans mes cours d’appréciation des vins et de sommellerie, et d’essayer de cerner (un peu, car il y en a tellement…) l’offre qualitative des vins offerts au Québec

La formule que je retiendrai pour le moment est celle d’explorer l’offre d’un importateur et de rendre compte de la valeur de son portfolio par la palette et le choix des vins qui le compose, donc tenter de cerner le style et la philosophie des agences en présentant plus d’un vin d’une même source dans une chronique.

L’intitulé de la chronique: In Vino Veritas! n’est pas fortuit.

Cette expression latine (In Vino Veritas = dans le vin, la vérité[1]) est aussi le nom de mon école de sommellerie et d’oenologie: l’École in Vino Veritas. (ÉIVV)

Comme précédemment mentionné, la problématique de trouver des vins de qualité pour faire goûter durant les cours est ce qui structure ma recherche de création de valeur. Et (puisque l’on parle de Veritas) l’éthique qui sous-tend cette chronique m’importe au plus haut point Tous les vins qui font l’objet d’une recommandation ont été soit achetés par ÉIVV soit goûtés en présence de l’importateur qui reprend ses bouteilles à la fin. Les recommandations ne seront donc pas des critiques de complaisance ou une forme de remerciements…

Le critère de sélection qui préside au choix des produits est une variante du rapport qualité/prix que je nomme coefficient plaisir/prix (coef p/p) puisque je cherche des vins délicieux et originaux que je peux servir dans mes cours et qui ne soient pas ruineux pour l’école.

Ce coef p/p m’apparait bien commode aussi pour pouvoir exprimer ma subjectivité par rapport à la qualité en tâchant d’éviter la pseudo-science des pointages ou des notes en pourcentage si fréquemment utilisés par les critiques.

À mon avis, la critique d’un vin n’est (au mieux) qu’une opinion subjective qui ne peut pas se parer d’une apparence d’objectivité suggérée par une évaluation chiffrée.

En exprimant une notion de plaisir par rapport à un prix, les vins qui se verront accorder un coef p/p= très élevé seront, bien entendu, préférés pour qui recherchera un maximum de valeur. Les mentions p/p seront au nombre de 5 (très élevé-élevé-bon-correct-faible). Dans le cas d’un coefficient faible je pourrai ajouter une ligne pour préciser que le vin peut être délicieux mais que son prix élevé (effet de mode, de prestige ou de rareté) le réserve à un acheteur fortuné ou à une circonstance particulière.

De ce qui précède on peut déduire que cette chronique n’est pas un travail de critique mais un travail de valorisation puisque je ne parlerai que des vins que j’apprécie et que je recommande

Finalement, au vu de la quantité de produits et de la quarantaine d’agences actives en importation privée au Québec, une visite fréquente sur les pages de l’ÉIVV vous permettra de découvrir d’autres belles bouteilles entre les parutions du magazine Parcours.

Recommandation de huit vins:

Les vins en IP:

Les vins suivants sont disponibles en importation privée via l’agence Syl-Vins (info@importationssyl-vins.com, 1-855-795-8467)

1-Domaine Les Éminades Silice 2010, France, Vin de pays des Coteaux de Fontcaude, Code SAQ, 11782301, Prix: $30.10

Du sud de la France, ce vin blanc de Patricia et Luc Bettoni présente une robe dorée brillante, un nez assez discret de pommes, de pêche et de minéral (pierre à fusil).

La bouche est tendue par une acidité vive (ce qui surprend de prime abord pour un vin aussi méridional) et le caractère minéral s’amplifie en bouche culminant en finale par ce côté minéral de pierre à fusil, de silex, bien conforme à ce qui est énoncé (silice) sur l’étiquette.

Ce vin frais et équilibré, issu d’un vignoble en conversion biodynamique suggère un fort sentiment de pureté et d’intégrité. Je le recommande sans réserve et son coefficient plaisir sur prix est élevé.

À déguster sur des cuisines épicées ou des mets relevés, ce vin saura leur tenir tête.

Cave: minimum 5 ans, cépage: 100% sauvignon

2-Begali Lorenzo Valpolicella Classico 2010, Italie, Vénétie, Code SAQ: 11628186, Prix: $20.95

Coup de coeur en rouge pour ce Valpolicella Classico du producteur italien Lorenzo Begali.

Ne cherchez pas ici le Valpo fruité et léger habituel, ici c’est un vin de caractère plus près d’un vin de Quintarelli (un maître de la Vénétie récemment disparu qui a fait école par ses vins à la personnalité affirmée).

La robe est d’un rubis soutenu, brillante et dense, le nez aromatique et fruité de cerises noires et de cassis, un peu végétal, la bouche présente des tanins aimables, un pointe d’amertume (comme du chocolat noir) et le tout se complète par une finale fruitée et chocolatée. Un régal!

Le vin fut jugé délicieux en accompagnement d’un poulet basquaise (sauce: olive, poivron et tomate), l’alcool à 12.5% est modéré et le coefficient plaisir/ prix est très élevé

Cave: 3-5 ans, cépage: 65% Corvina, 30% Rondinella et autres

3-Domaine Guion Bourgueil Cuvée Prestige 2010, France, Code SAQ: 11793691, Prix: 21.80$

Issu de vielles vignes âgées entre 35 et 90 ans et en provenance d’un domaine cultivé en bio depuis 40 ans, certifié Écocert, ce vin rouge du Val de Loire présente une robe rubis, violacée, au nez des arômes de framboises et un caractère végétal (pas trop prononcé), suivi en bouche par des tanins fins et un agréable fruité, une texture soyeuse et empreinte de vivacité. Ce vin, de corps moyen, est un bon compagnon de table.

Goûté en accompagnement de crêpes au jambon/asperges et accompagnées d’une salade de roquette, un accord plaisant s’est fait entre le caractère végétal du cépage (cabernet franc), le salé et l’amertume du plat.

À 12.5% d’alcool, ce vin digeste, fin et authentique présente un coefficient plaisir/prix très élevé.

Cave: 5-10 ans, cépage: 100% Cabernet Franc

4-Domaine Arlaud Bourgogne Roncevie 2009, France, Code  SAQ: 11605443, Prix 38.10$

Ce vin rouge en simple appellation Bourgogne générique et en provenance d’un domaine  passé à la biodynamie en 2009 est issu d’une parcelle de près de 5 hectares située sur un lieu-dit Roncevie localisée sur la commune de Gevrey-Chambertin. Le vin, à l’aspect, présente une robe légère à la couleur peu soutenue, suivi par un nez assez expressif de fruits rouge (myrtille, cerise). En bouche, ce qui plait est la fraîcheur et la finesse de tanins discrets et surtout le croquant très fruits frais, sans lourdeur avec une finale (assez courte) sur la cerise. Rien d’imposant, mais on est séduit ici par la caractère de buvabilité supporté par la légèreté et la finesse dans un registre empreint de délicatesse. Le vin fut apprécié dégusté frais sous les chaudes températures estivales avec un peu de saumon froid.

Titrant 12.5% d’alcool, ce vin possède un bon coefficient plaisir/prix.

Cave: 0-3 ans, cépage: 100% Pinot noir

5-Domaine Guillot-Broux Mâcon-Villages 2010, France, Code 11871338, Prix: 23.25$

Ce Bourgogne blanc provient d’un domaine travaillant en biodynamie et certifié depuis 1991. La robe d’un doré soutenu est claire et dense. Au nez, ce vin présente des arômes floraux (genêt) et végétaux (citronelle) enrichis en bouche par des arômes de verveine. Une texture ronde, de la fraîcheur, peu d’amertume et une agréable finale de 5 à 6 caudalies (5-6 secondes) complète le tout. Le village de Chardonnay qui a donné son nom au célèbre cépage de la Bourgogne est situé dans l’appellation Mâcon-Villages. Voilà l’occasion de fixer dans sa mémoire une bonne représentation de ce cépage souvent caméléon qui est facilement influencé par la zone de culture et le style d’élaboration du vin.

Goûté en accompagnement de jambon persillé et d’une salade ce fut un régal.

Titrant 12.5% d’alcool, ce vin authentique présente un coefficient plaisir/prix très élevé.

Cave: 0-3 ans, cépage: 100% Chardonnay

Vins disponibles à la SAQ:

6-Doisy-Daëne Grand Vin Sec 2010, France, Code SAQ: 10424616, Prix: 31,50$

Le Château Doisy-Daëne, Second Cru Classé en 1855, situé à Barsac dans l’appellation Sauternes, est dans la famille Dubourdieu depuis 1924. Connu pour son vin liquoreux, c’est le vin sec qui nous occupe ici. On reconnait bien le caractère variétal du sauvignon et son côté agrumes auquel s’ajoute une présence finement boisée. Le vin est élégant et dans le millésime 2010 moins exubérant qu’en 2009. Ce cépage, lorsqu’il n’est pas maîtrisé ou qu’il est cueilli en sous maturité peut paraitre assez caricatural. Denis Dubourdieu, professeur à la faculté d’œnologie de Bordeaux a acquis une belle réputation pour la maîtrise dont il fait preuve à son sujet.

Titrant 13% d’alcool, ce vin fin et élégant présente un coefficient plaisir/prix élevé.

Cave: 5-10ans, cépage: 100% Sauvignon

7-Rolf Binder Riesling Highness 2011, Australie, Code SAQ: 11155753, prix: 24,30$ 

Je suis un fan des rieslings australiens en provenance des fraîches vallées d’Eden et de Clare en Australie Méridionale. Le vin est de couleur or pâle à reflets verts et présente un nez aromatique ou se mêle notes pétrolées et citron vert.

La bouche est fraîche et expressive, l’attaque se fait sur un très léger sucre résiduel et le vin fut jugé délicieux en accompagnement d’un saumon teriyaki (sauce: soja, mirin, sucre)

Titrant 12.5% d’alcool, le vin présente un coefficient plaisir/prix élevé.

Cave: 5-10ans, cépage: 100% Riesling

8-Henri Boillot Puligny-Montrachet 1er cru Clos de la Mouchère 2009, France, Code SAQ: 11316457, Prix; 102,75$

Trop jeune en ce moment, ce vin fut re-goûté à une journée de distance de  son ouverture. Le vin est imposant et présente des arômes complexes d’amandes grillées, de minéral (silex) et de citronnelle suivis par beaucoup de concentration en bouche. Ampleur et puissance ainsi qu’une longue finale sur le silex atteste de la race du terroir et appelle un met riche tel un poulet fermier sauce à la crème. Vin à laisser vieillir dans son cellier, il récompensera l’amateur patient.

Généreux en alcool à 13.5%, ce vin en impose et présente un bon coefficient plaisir/prix.

Cave: 7-10ans, attendre 2014-2015 avant consommation, cépage: 100% Chardonnay

Aimeriez vous connaitre davantage vos goûts ou en apprendre plus sur le vin?

Je termine cette chronique par une invitation, celle de visiter la page web de l’École In Vino Veritas  afin de prendre connaissance de l’offre de cours et des conférences pour l’automne 2012. Il y aura une conférence à Laval sur les vins de Bordeaux le 17 octobre prochain. L’ÉIVV sera aussi présente à la Grande Dégustation de Montréal les 8-9 et 10 novembre au Palais des Congrès (stand C-24), venez me rencontrer!


[1] L’expression latine In Vino Veritas signifiait à l’origine « dans le vin, la vérité » et se rapportait au buveur. On pourrait la traduire par « il boit du vin, le masque tombe »

ou « qui boit se révèle et montre la vérité de sa nature ». Par glissement de sens j’utilise le mot Veritas pour retourner à la nature du produit (le vin) et essayer de rendre compte de son identité et de sa qualité propre. Voici ce que je cherche à communiquer dans cette chronique et ce que nous étudions dans les cours d’œnologie et d’appréciation du vin.

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